Le fret seul ne dit pas le coût logistique total
Une offre au fret port à port bon marché peut renchérir avec les surestaries, le magasinage, la manutention et le transbordement. Comment comparer les offres de porte à porte, poste par poste.

Le fret n'est qu'une ligne sur la facture d'une expédition. Dans un article du quotidien turc Ticaret Gazetesi daté du 15 octobre 2026, Ali Demircan, de Lanes Lojistik, l'explique à l'échelle du commerce mondial : même si le fret recule sur certaines lignes, le coût logistique total peut ne pas baisser dans la même proportion. L'exportateur qui choisit une offre sur la ligne fret découvre l'écart sur la facture. Le transitaire qui donne un prix unique à son client le découvre dans sa marge.
Ce que dit Demircan
D'après l'article, il part d'un constat : la croissance des volumes échangés n'apporte pas un fret bas sur toutes les lignes. Une ligne peut être en surcapacité pendant qu'une autre manque de place ou de conteneurs vides. Quand les itinéraires s'allongent, les navires font moins de rotations sur la même période et la capacité réelle diminue. Les ports alternatifs peuvent ajouter des frais de camionnage, de manutention ou de transbordement.
Selon lui, une offre au fret port à port bon marché peut devenir chère une fois ajoutés l'attente et le transport routier. Il conseille donc de comparer les offres à périmètre identique : franchise, surcharges, point de livraison et restitution du conteneur vide doivent être définis de la même façon dans chacune. Il ajoute que l'incertitude sur les délais accroît les besoins en fonds de roulement et en stock de sécurité.
L'article cite une prévision de l'OMC du 8 octobre 2026 : le volume du commerce mondial de marchandises devrait croître de 3,9 % en 2026 et de 4,1 % en 2027. Il ne donne ni taux de fret ni pourcentages de coûts, et les avis exprimés sont ceux d'un transitaire.
Un article de Ticaret Gazetesi daté du 9 octobre porte sur les expéditions vers le Golfe. En raison des risques autour du détroit d'Ormuz, des ports alternatifs et des combinaisons mer plus route y sont envisagés. Le conseil est le même : comparer les options de porte à porte, pas de port à port. Demircan y est cité (en turc) : tracer un itinéraire sur une carte ne signifie pas qu'il est prêt sur le plan opérationnel.
Les autres lignes de la facture
Outre le fret, le coût total d'une expédition comprend généralement :
- Frais de port et de terminal (manutention, THC, entrée et sortie du terminal)
- Entrepôt sous douane (antrepo) et magasinage
- Surestaries et détention (frais d'immobilisation des conteneurs et équipements)
- Assurance
- Dédouanement, déclarations et frais associés
- Effet de change (écart entre la devise de l'offre et celle de la facture)
- Carburant et autres surcharges
- Transport routier et transbordement
- Coût indirect du retard : capital immobilisé, stock supplémentaire, perturbation de la production, risque de perdre des clients
La plupart de ces postes n'apparaissent pas au stade de l'offre, mais pendant l'opération. Les surestaries et la détention en sont un bon exemple. La franchise tient en quelques mots dans l'offre, mais si les documents ne sont pas prêts ou si le destinataire tarde à enlever la marchandise, les frais courent jour après jour tant que le conteneur attend au port ou chez le client. Si la marchandise n'est pas enlevée du port, le magasinage s'y ajoute.
La manutention augmente quand l'itinéraire change. Chaque déchargement et rechargement supplémentaire dans un port alternatif ou un point de transbordement entraîne ses propres frais et son propre risque d'avarie. L'assurance suit ce risque : l'itinéraire, le nombre de transbordements et la nature de la marchandise influent sur la prime. Certaines offres ne l'incluent pas du tout, et elle est souscrite à part plus tard.
Les surcharges, l'attente ou les frais de port alternatif qui suivent une offre port à port avantageuse peuvent effacer l'économie rapidement. Avant de décider, demandez si chaque poste figure dans l'offre et à qui il sera facturé.
Pourquoi la baisse du fret n'atteint pas le total
Les changements d'itinéraire allongent les rotations et réduisent la capacité effective. Le déséquilibre des capacités laisse navires et équipements abondants sur certaines lignes et rares sur d'autres. L'incertitude des délais revient sur la facture sous d'autres intitulés : frais d'attente, stock supplémentaire, coûts de financement. Une baisse du fret peut être compensée en partie ou en totalité par la hausse de ces postes, et qui ne regarde que la ligne fret ne le verra pas.
Pour le transitaire : quel poste ronge la marge
Pour un transitaire, le problème se pose dans l'autre sens. Si le client reçoit un prix all-in unique et que les coûts sont suivis en un seul total, impossible de voir quel poste ronge la marge. Quand le fret recule, le client attend une remise. Si les frais de terminal, les surestaries ou les surcharges ont augmenté sur la même période, la marge réelle qui reste après cette remise devient floue. Nous avons expliqué pourquoi séparer recettes et coûts dans une offre ici : https://boransoftware.com/fr/blog/forwarder-teklifi-gelir-maliyet-kalemleri/
Que faire dans les offres et les opérations
- Comparez les offres à périmètre identique : franchise, surcharges, point de livraison et conditions de restitution du conteneur vide par écrit.
- Évaluez le fret comme une partie du coût total de porte à porte, pas isolément.
- Préparez les documents et le destinataire avant l'expédition : une attente évitable génère surestaries et magasinage.
- Regroupez les chargements qui s'y prêtent et fixez un calendrier de chargement régulier.
- Comparez pour chaque envoi les options maritime, routière, aérienne et combinée. Envoyer la partie urgente par avion et le reste par mer peut être une solution.
- Comptez le coût du retard avec le prix du transport.
- Comparez coût offert et coût réel poste par poste, et mettez à jour dans les offres suivantes le poste qui a dérivé.
Appliquer régulièrement ce dernier point suppose de garder offre et coûts réels au même endroit, sur des lignes séparées. Dans ECELA, l'offre, les recettes et les coûts sont tenus sur des lignes distinctes. À la clôture d'une expédition, l'offert et le réel sont comparés poste par poste, ce qui montre dans quelle mesure un mouvement du fret a touché la marge : https://boransoftware.com/fr/urunler/ecela/
Sources
- Ticaret Gazetesi (15 octobre 2026) : https://ticaretgazetesi.com.tr/2026/10/15/kuresel-ticaret-buyuyor-lojistik-maliyetleri-neden-gerilemiyor/
- Ticaret Gazetesi (9 octobre 2026) : https://ticaretgazetesi.com.tr/2026/10/09/hurmuz-bogazi-sonrasi-korfez-lojistiginde-yeni-rotalar/